Je suis parti de Bangkok avec 500 USD, une moto louée 8 USD par jour, et aucun plan précis. 47 jours, 6 pays, et une cicatrice sur le genou gauche plus tard, je suis revenu différent.
Il y a des voyages qui vous changent. Pas parce que vous l'avez décidé, mais parce qu'ils ne vous laissent pas le choix.
J'avais 28 ans, un emploi stable à Casablanca que je n'aimais plus, et une obsession pour l'Asie du Sud-Est nourrie par des années de photos Instagram. Un jour de novembre, j'ai acheté un billet aller simple pour Bangkok. Pas de retour réservé. Pas de plan.
La première chute (Jour 3)
Je n'avais pas conduit de moto depuis le lycée. À Chiang Mai, j'ai loué une Honda Click 125 pour 8 USD par jour et j'ai suivi un groupe de motards allemands vers les collines du nord. La route de Pai, 762 virages en 135 km, est l'une des plus spectaculaires de Thaïlande. C'est aussi là que j'ai raté un virage en épingle et suis parti dans le fossé.
Rien de grave — genou entaillé, ego surtout. L'Allemande Katrin, médecin en vacances, a nettoyé la plaie avec du whisky thaïlandais et m'a appris que tomber faisait partie du voyage. Je ne savais pas encore que cette philosophie allait devenir mon mantra pour les 44 jours suivants.
Traverser le Mékong vers le Laos
Le passage de la frontière Thaïlande-Laos à Chiang Khong est l'un des moments les plus étranges et les plus beaux que j'ai vécus. Le ferry de bambou qui traverse le Mékong au coucher du soleil, le douanier laotien qui tamponne votre passeport avec un sourire édenté, les enfants qui courent le long de la berge — tout cela se passe hors du temps.
Au Laos, j'ai ralenti. Impossible de faire autrement — les routes sont des pistes en terre, les camions roulent à 40 km/h, et les villages n'ont parfois pas d'électricité. J'ai dormi dans des maisons sur pilotis, mangé du sticky rice avec des familles qui ne parlaient pas français mais savaient rire. J'ai appris que la communication ne passe pas par les mots.
La nuit au temple de Angkor
Angkor Wat au lever du soleil est une expérience que les photos ne peuvent pas rendre. Mais ce qui m'a marqué, c'est la nuit précédente — assis sur un rocher à la lisière de la jungle, entourant le temple d'un filet de brume, à écouter les derniers monks rentrer en procession aux sons des cloches. Seul, à 2h du matin, dans l'obscurité d'un site vieux de 900 ans.
C'est dans ces moments-là qu'on comprend pourquoi on voyage. Pas pour les photos. Pour cette sensation d'être infiniment petit et infiniment présent en même temps.
Le retour
Je suis rentré à Casablanca avec une cicatrice sur le genou, 300 photos, et une certitude : l'emploi que j'avais, je n'allais pas y retourner. Aujourd'hui je travaille en freelance et je voyage 4 mois par an. Ce n'est pas le plan que j'avais prévu. C'est mieux.