J'ai passé 14 jours à Rio de Janeiro. Ce que j'ai vécu dans les rues de Lapa un vendredi soir, dans les bras d'une inconnue sur une piste de samba, ne ressemble à rien de ce que je connaissais du désir.
Au Maroc, nous avons une relation compliquée avec le corps. Pas mauvaise — compliquée. Le corps est quelque chose qu'on cache, qu'on protège, qu'on révèle à l'intime. C'est un choix culturel que je respecte profondément. Mais quand je suis arrivé à Rio, j'ai compris que d'autres cultures avaient fait d'autres choix, et que les découvrir élargissait quelque chose en moi que je n'avais pas nommé.
Copacabana à 6h du matin
Je n'arrive pas à dormir lors des premiers jours dans un nouveau pays — le décalage horaire, l'excitation, l'air différent. Le premier matin à Rio, j'ai marché jusqu'à Copacabana à l'aube. La plage à 6h du matin est un monde à part. Des sportifs courent le long de la promenade, des vendeurs installent leurs parasols, des familles arrivent avec des glacières. Et là, au milieu, des couples enlacés dans l'eau rose du lever de soleil, sans retenue, sans performativité — juste présents l'un à l'autre devant la mer.
J'ai regardé ça longtemps. Pas par voyeurisme — par quelque chose qui ressemblait à de l'envie d'une certaine liberté que je n'avais pas encore appris.
La nuit à Lapa
Lapa, le vendredi soir. Les arches du XVIIIe siècle illuminées, les bars qui débordent sur le trottoir, les haut-parleurs qui crachent un samba si fort que vous le sentez dans la poitrine avant de l'entendre. Des milliers de personnes dansent dans la rue — pas en boîte, dans la rue — avec la désinvolture de quelqu'un qui fait quelque chose de parfaitement naturel.
Je ne sais pas danser le samba. Je l'ai dit à la femme qui s'était approchée pour m'inviter, en espagnol approximatif. Elle a ri, m'a pris les mains, et a dit : "Le samba ne s'apprend pas dans la tête. Il commence dans les hanches." Pendant les 40 minutes qui ont suivi, j'ai appris le samba dans les hanches. C'était l'apprentissage le plus physique et le plus heureux de ma vie.
Ce que Rio enseigne sur le désir
Les Brésiliens ont une expression : "saudade" — une nostalgie pour quelque chose qu'on n'a peut-être jamais eu. À Rio, j'ai ressenti la saudade de quelque chose que je n'avais pas encore vécu : une relation avec mon propre corps qui ne soit pas chargée de culpabilité ou de retenue. Pas de libération morale — juste la compréhension que le corps peut être une source de joie, de présence, et de connexion aux autres, pas seulement un territoire à surveiller.
Je suis rentré de Rio avec cette conscience nouvelle. Ce que j'en fais, c'est mon affaire et celle de ma vie intime. Mais je n'aurais pas eu cette question sans ce voyage.