Je suis arrivée à Phuket avec une contracture lombaire depuis trois mois et un rapport à mon corps comme à une machine. Deux heures avec une masseuse thaïlandaise de 60 ans ont changé ça.
J'avais mal au dos depuis trois mois. Le genre de douleur chronique qu'on ignore parce qu'on n'a pas le temps de s'en occuper. À Phuket, j'ai vu une enseigne "Traditional Thai Massage, 350 THB (90 MAD) — 2 heures" et j'ai décidé que ça valait au moins d'essayer.
La praticienne
Noi avait soixante ans et des mains qui semblaient avoir une mémoire indépendante. Elle ne parlait pas anglais, je ne parlais pas thaï. Elle m'a indiqué, par gestes, de m'allonger. Ce qui s'est passé pendant les deux heures suivantes était à la fois douloureux (comme un bon étirement qui va trop loin) et profondément libérateur.
Le massage thaïlandais traditionnel n'est pas un massage de relaxation — c'est une technique qui mobilise les articulations, presse des points de pression sur les méridiens énergétiques de la médecine thaïe traditionnelle, et étire le corps dans des positions de yoga passif. Quand Noi a placé son genou dans mon dos et tiré mes bras vers l'arrière, j'ai entendu ma colonne vertébrale craquer comme une vieille porte. Et j'ai immédiatement senti la douleur lombaire disparaître.
Ce que j'ai réalisé
Nous, les femmes marocaines, n'avons souvent aucun rapport à notre corps comme territoire de plaisir ou de soin. Le corps, c'est pour les autres — pour le regard du mari, pour les enfants qu'il portera, pour le travail qu'il accomplira. Pour soi, on l'habille modestement, on le surveille, on s'en méfie parfois.
Sous les mains de Noi, pendant deux heures, mon corps existait juste pour lui-même. Pour être détendu, soulagé, libéré de tensions accumulées. Personne ne le regardait. Personne ne l'évaluait. Il était juste là, présent, en train de se réconcilier avec lui-même.
Ce n'est pas une révélation érotique. C'est plus fondamental : c'est la découverte que prendre soin de son propre corps, lui offrir du soin et de l'attention, n'est pas une vanité. C'est une nécessité.
J'ai pris des rendez-vous tous les deux jours pendant les 8 jours restants de mon séjour. Ma contracture lombaire ? Disparue le troisième jour. Et quelque chose de plus profond aussi avait commencé à se défaire.